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“Soigner la Terre, à Bruxelles”

Débétonner des parties de la capitale, annuler les PADs, protéger la nature à Bruxelles, inclure les citoyens dans les décisions.

samedi 4 avril 2020

Les amis du "Tuiniersforum des jardiniers" ont publié cette tribune le 9 mars 2020.

La prise de conscience écologique continue de prendre de l’ampleur.
Pourtant à Bruxelles, le gouvernement lance les PAD qui organisent le bétonnage de nombreux espaces naturels vitaux. Rien ne justifie cette politique. Elle est imposée de force. Nous savons que les démarches habituelles ne suffisent plus pour que nos intérêts soient pris en compte. Nous ne voulons plus courir derrière la grande bétonneuse. Reprenons la main, préparons l’avenir, maintenant. Nous demandons : l’annulation complète des PADs – le débétonnage de multiples zones de Bruxelles- une meilleure protection de la nature en ville – l’inclusion systématique des citoyens dans les processus décisionnels.
Nous pensons que la crise écologique et la crise du logement ont les mêmes causes.
Nous proposons aux militants du logement de faire alliance avec les défenseurs de la nature en ville.
Nous considérons que le débétonnage de parties de Bruxelles est incontournable.
L’avenir n’est plus au béton.
Soignons la planète Terre, notre maison commune, à Bruxelles aussi.

Voir sur le site du Tuiniersforum des jardiniers.

Alors que la jeunesse est dans la rue pour réclamer de vraies solutions pour l’avenir, une relation pacifiée à la Terre, ceux qui sont censés nous représenter lancent les PAD (Plans d’Aménagements Directeurs) et soutiennent d’autres projets-béton partout dans la capitale. Entre 2003 et 2016, nous avons déjà perdu 14% de la surface naturelle dans la Région Bruxelles-Capitale [1]. A cela il faut ajouter les pertes déjà infligées par les nouveaux projets (La Plaine, Keelbeek à Haren et nombreux autres sites, etc.) et celles qui s’annoncent (Néo, Tour et Taxis, Drohme, Aspria, Donderberg, les Dames blanches, Marais Wiels, etc.). Ce que les membres du TuiniersForum des jardiniers observent partout depuis des années et qui est systématiquement nié par la classe dirigeante est désormais vérifié par les chiffres. Ce sont 11km² qui ont disparu sous le béton en seulement 13 ans. Qu’à cela ne tienne, la logique productiviste actuelle, dans la continuation des années précédentes, entend poursuivre cette œuvre funeste et artificialiser encore plus de sols.

A qui profite le PAD ?

Ne sachant plus quel prétexte utiliser pour expliquer sa folie bétonneuse, le gouvernement prétend que le “boom démographique” nécessite la construction de tours de 150 mètres de haut rue de la Loi, la destruction de l’exceptionnelle biodiversité de la friche Josaphat, ce qui est supposé en même temps permettre de “travailler à la skyline bruxelloise” [2] pour qu’elle “ait de la gueule” [3].

Passons les effets d’annonce grandiloquents qui associent erreur architecturale et frime préhistorique. L’unique argument résiste mal à l’analyse. En effet, le boom démographique, qui est depuis longtemps controversé [4], ralentissait déjà l’année dernière [5], [6], et ralentit à nouveau cette année : le Bureau du Plan ramène la progression prévue à 2.100 bruxellois de plus par an à partir de 2019 [7]. L’accroissement démographique des années passées a donc largement été largement absorbé par Bruxelles telle qu’elle est, et la croissance désormais diminue. Le boom fait pschit.

Dans le même temps, on sait qu’il y a à Bruxelles 6,78 millions de mètres carrés déjà construits et inutilisés [8], et que des maisons trop grandes pourraient être divisées en plus petites unités locatives à la demande de leur propriétaire, ce qui est rendu très difficile par la réglementation dans certaines communes. Pourquoi le gouvernement préfère-t-il regarder ailleurs ?

Quant à la crise écologique qui menace de rendre la ville littéralement invivable – à commencer par les plus vulnérables, comme les personnes âgées exposées aux canicules – elle impose plus de nature, moins de béton et des bâtiments à échelle humaine.

PAD d’écocide

Les scientifiques ont suffisamment tiré la sonnette d’alarme désormais rouge cramoisie en ce qui concerne le climat et la biodiversité. Nous le savons, nous devons impérativement révolutionner nos modes de production et de consommation pour réduire drastiquement les émissions de gaz à effets de serre. Il ne faut plus en émettre d’ici 2050, et pour que cela devienne possible, il est nécessaire de commencer dès maintenant, à réduire drastiquement nos pollutions. De même, si nous ne protégeons pas les espèces naturelles et leurs habitats, nous aggraverons le bouleversement climatique tout en favorisant les risques d’épidémies, de famines et d’autres désastres qui découlent inévitablement de la chute qui se produit lorsque l’on coupe la branche de la biodiversité sur laquelle nous sommes, tous, assis. Cela vaut aussi pour les grandes villes, dont la soutenabilité est directement menacé par l’écocide en cours. Plus personne ne peut prétendre que Bruxelles pourra encore être nourrie dans quelques décennies, alors que la ville dépend entièrement d’un système agricole intensif toujours plus vulnérable. Plus personne ne peut garantir que les pics de chaleurs plus intenses et plus fréquents dans une ville excessivement minéralisée ne créeront pas des catastrophes. Alors même que la qualité de l’air est déjà désastreuse à Bruxelles et responsable de la détérioration de la santé publique.

Ce ne sont pas de PAD en béton dont nous avons besoin à Bruxelles, mais de réorganiser d’urgence la coexistence avec la nature.

Pas de démocratie dans le PAD

L’inadéquation de la politique du gouvernement bruxellois actuel et des précédents face à ces besoins fondamentaux est complète. Une touche de vert ne suffit pas à faire une politique écologique, et on attend encore les décisions qui pourraient annuler les impacts environnementaux tous azimuts et de long-terme des projets-béton (énergie grise de la construction, déchets, destruction de la biodiversité, artificialisation des sols, impact sur la mobilité, accroissement de la demande globale d’énergie domestique, maintenance, etc.) qui sont imposés par le gouvernement.

Les projets-béton qui menacent nos lieux de vie passent en effet le plus souvent en force. Nous l’avons vu dans les dossier de la Plaine à Ixelles, où les bâtiments ont été construits ont finalement vu leurs permis retirés par le Conseil d’État, au Keelbeek à Haren où la mégaprison s’est imposée dans des conditions juridiques particulièrement problématiques et dans une opacité financière totale, à Dhrome à Uccle où le gouvernement a redélivré les permis deux jours après leur annulation par le Conseil d’État suite à l’action des riverains, sur le site Aspria en bordure de forêt de Soignes où là encore, le gouvernement régional a délivré le permis légèrement modifié qui avait été annulé par le Conseil d’État, et dans de multiples autres lieux de notre ville.

A chaque fois, les citoyens et les associations se mobilisent fortement pour faire apparaître l’inadéquation du projet avec les besoins des habitants et de la Région, ou encore parce que les permis accordés ne respectent pas les réglements en vigueur.

A chaque fois le gouvernement passe en force, là en utilisant des vides juridiques, ici en passant outre l’avis du Conseil d’État, là-même en influençant les magistrats. Dans tous ces cas, le gouvernement soutient les projets de promoteurs contre les gens et contre la nature.

Le dispositif légal des PAD constitue une nouvelle étape dans le déni de démocratie, qui nous est aussi insupportable qu’il est nécessaire au gouvernement pour poursuivre son œuvre de destruction.

Les PADs sont le fruit d’un entre-soi qui rassemble politiciens et promoteurs. Ils créent un régime exceptionnel de dérogations dans les règles d’aménagement du territoire pour le périmètre défini par chaque PAD. Ceux-ci peuvent donc devenir des outils de justification a posteriori comme dans le quartier du Luxembourg où ils viendraient redonner une base légale à la tour « The One » (comme son nom l’indique) après que le Conseil d’Etat ait cassé ses fondements légaux, ou des autorisations a priori comme à Josaphat où le gouvernement veut détruire 25 hectares d’espace naturel en inscrivant dans le PAD que cela est prévu, s’exonérant ainsi de ce qui reste encore du très faible droit de protection de l’environnement dans la capitale.

Une fois un PAD approuvé, il devient quasi impossible de s’y opposer, puisque les possibilités de recours en justice sont réduites à rien, le PAD rendant légales les dérogations aux règles censées nous protéger (en matière de gabarits, volumes, insertion dans le paysage, protection de la nature, notamment).

Il est clair que le gouvernement Vervoort entend bien s’exonérer du poids de la démocratie, lourde et encombrante lorsqu’il s’agit de “bétonner une skyline qui a de la gueule”. Le Ministre-président parle à ce sujet d’un besoin “de gouvernance forte” [9].

Ne soyons plus derrière la bétonneuse, repassons devant

“ Nous ne défendons pas la nature, nous sommes la nature qui se défend” ! C’est pourquoi nous voulons une ville vivante, respirable et résiliente.

C’est à dire une ville dans laquelle il fait bon vivre, et qui est en mesure de montrer des possibilités d’adaptation au climat détraqué que les gouvernements du monde entier nous préparent. Cette ville vivante ne peut bien entendu pas être recouverte de toujours plus de béton, elle doit au contraire cohabiter avec et dans la biodiversité, en lui laissant suffisamment de place.

Cette ville vivante se cultive à échelle humaine, la seule qui garantisse l’apaisement et qui permette de créer des capacités de résilience. Cette ville vivante ne peut être construite qu’avec les gens, en préservant la nature en ville.

Nous demandons une politique régionale du STOP BETON : plus aucun espace naturel ne doit être bétonné ou artificialisé. Nous n’avons ni planète B, ni Bruxelles Bis.

Demandant cette politique du bon sens, nous savons que nous n’allons pas être entendus par les dirigeants dont l’addiction au béton est avérée.

Les simagrées démocratiques des partis au pouvoir ne parviennent plus du tout à cacher le passage en force systématique de la grande bétonneuse. Nous n’avons plus le luxe de pouvoir attendre l’apparition d’une oreille bienveillante, en phase avec son époque.

Nous l’avons observé partout à Bruxelles : le gouvernement présente un projet déjà ficelé, fait mine de le soumettre à la discussion, et passe en force, épuisant les citoyens mobilisés qui au passage ont dépensé beaucoup de temps et d’argent en recours de toutes sortes. Nous actons le fait que cette stratégie ne fonctionne plus. La démocratie est désormais trop faible.

Nous allons reprendre la main sur les politiques qui nous concernent au premier chef et desquelles nous avons été privés trop longtemps. Nous ne pouvons plus attendre les décisions de gouvernements inaptes à répondre aux défis de notre époque. Nous devons les devancer.

Nous changeons donc de stratégie.

Changement de stratégie

Nous devons agir maintenant pour préparer la suite. Par conséquent nous regardons aussi au loin, et préparons dès aujourd’hui une politique à moyen terme, celle de la prochaine législature.

A ce moment-là, il faudra réparer les erreurs du gouvernement actuel et des précédents, en DEBETONNANT de multiples espaces à Bruxelles pour y recréer des zones naturelles indispensables [10]. Une carte d’évaluation biologique de Bruxelles doit être actualisée et acquérir une valeur réglementaire. Il est urgent de suivre l’évolution de la nature dans la capitale. Elle doit y reprendre ses droits.

Nous voulons également que le prochain gouvernement annule les PADs et leur régime de dérogation systématique, ainsi que tous les reculs en matière d’inclusion des citoyens dans le processus décisionnel d’aménagement du territoire.

Nous commençons maintenant à mettre en place une mobilisation en vue de la prochaine législature pour que ceux qui gouverneront alors le fassent en application des principes vitaux suivants : soigner ce qui a été meurtri, réparer ce qui a été cassé.

Nous développons quatre priorités :

  • annuler les PADs ;
  • débétonner de multiples espaces dans ville pour que la nature y reprenne ses droits ;
  • protéger durablement la nature à Bruxelles en renforçant le cadre juridique régional, garantir et simplifier les droits de recours contre les décisions administratives et en augmenter l’effectivité ;
  • inclure systématiquement les citoyens dans les processus démocratiques, avec un effort spécifique à destination des classes populaires.

Ecologistes, militants du logement, unissons-nous !

Nous savons que la crise du logement est aussi importante que la crise écologique pour de très nombreux Bruxellois. Elle résulte d’ailleurs des mêmes mécanismes de domination sociale, de marchandisation de la ville et de faiblesse politique.

Nous pensons qu’il faut agir en reprenant le contrôle du marché de l’immobilier, en réaffectant en priorité les millions de mètres carrés construits et vacants, et en facilitant la division des grands logements en plus petits.

A ces conditions nous pourrons donner une réponse adéquate à la crise écologique en même temps qu’à celle du logement, qui se rejoignent pour l’instant sous le béton d’équipements inadéquats et de logements financièrement inaccessibles conçus par des promoteurs sans scrupules autorisés par le gouvernement.

Nous faisons donc appel aux citoyens et aux associations spécialistes du droit au logement en leur proposant une alliance autour de ces idées : ne continuons pas à nous enfoncer dans des crises qui se renforcent mutuellement, mais essayons de renforcer mutuellement nos mobilisations. Ensemble, nous pouvons forcer le prochain gouvernement à agir de manière raisonnable.

Appel

Nous faisons appel à tous ceux qui comprennent ces enjeux et décident de les incarner.

Nous leur proposons de développer ces idées ensemble et de faire de la nécessité de débétonner des espaces à Bruxelles pour le bien de tous, une réalité.

L’avenir n’est plus au béton. Soignons la planète Terre, notre maison commune, à Bruxelles aussi.

Notes

[5[-http://ibsa.brussels/publications/titres/a-la-une/avril-2019-d-ici-2025-la-population-bruxelloise-augmentera-mais-moins-que-prevu#.XmVGgvRCfIU]

[6[-http://ibsa.brussels/fichiers/publications/focus-de-libsa/focus_34_janvier_2020 ]

[7« Dans le scénario retenu pour les perspectives dé-mographiques 2019-2070, la population résidant dans la Région de Bruxelles-Capitale (RBC) aug-mente de 9 % d’ici à 2070 (par rapport à la popula-tion observée au 1er janvier 2019). Cette croissance représente une augmentation annuelle moyenne de 2 100 habitants. Elle est nettement moins soute-nue que celle observée depuis 1991. Entre 1991 et 2019, la population a en effet augmenté en moyenne de 9 000 habitants par an. » ; Perspectives démographiques 2019-2070 ; Bureau du Plan, mars 2020, p. 12 https://www.plan.be/uploaded/docume...

[9Réponse de Rudy Vervoort à une question parlementaire au sujet du PAD Loi : « Cela dit, les seuils de développement du projet de PAD ont été rendus plus sévères pour répondre aux préoccupations qualitatives. Le processus de remembrement sera donc plus long. Par ailleurs, même sans maîtrise foncière, la Région devra mettre en place une gouvernance forte du projet urbain Loi, qui associe les acteurs stratégiques et opérationnels, afin de garantir que les principes fondamentaux de cette stratégie soient bien respectés. », Parlement de la Région Bruxelles-Capitale, Commission Développement territorial 16/12/2019, p. 37.

[10Alors que le TuiniersForum des jardiniers élabore l’idée de DEBETONNISATION à Bruxelles depuis le mois de décembre 2019, plusieurs d’entre nous ont commencé à en parler dans les cercles de citoyens concernés. L’idée a déjà été reprise, nous attendons la suite. https://plus.lesoir.be/282630/artic...


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