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Pic du pétrole : la panne sèche commencerait l’année prochaine

vendredi 9 avril 2010

« Washington envisage un déclin de la production de pétrole mondiale à partir de 2011 », titre Matthieu Auzanneau – alias Oil man - sur son blog consacré au pétrole et attaché au journal Le Monde.

Oil man a eu l’occasion de s’entretenir avec Glen Sweetnam, « principal expert officiel du marché pétrolier au sein de l’administration Obama ». Autant dire que ce Monsieur Sweetnam n’a pas pour lui les missions de sonneur d’alerte ou de cassandre. Habituellement, à ce genre de poste, on est prié d’être rassurant sous peine de faire fléchir la bourse.

C’est peu dire que le message de l’administration Obama est lourd d’implications. Outre la pression incroyable qui va s’exercer sur l’ensemble de l’économie et par conséquent de la société, la recherche "d’alternatives" destinées à tenter de minimiser l’ampleur du choc s’annoncent également catastrophiques. Deux exemples :

- la course aux agrocarburants, accélérateurs de famine, se confirme.
- les explorations tous azimuts et la dévastation de sanctuaires de l’écosystème comme l’arctique semblent inévitables, bien qu’il faille espérer que non si l’on veut éviter l’explosion du climat...

Parlons cru : la panne sèche approche à très grand pas. Ca va faire très très mal. Autant le souligner et tenter de faire passer trois messages :

- apprenez dès aujourd’hui à vivre avec le moins de pétrole possible (pas de voiture, pas d’avion, très peu d’énergie en général, alimentation de saison et locale, pas de gadgets, etc.), cela vous sera fort utile dans quelques mois/années,
- discutez-en autour de vous, créez des réseaux de solidarité ou rejoignez ceux qui existent déjà (SEL, GAS, villes en transition, simplicité volontaire, objection de croissance, etc.). Ils sont déjà indispensables au « bien vivre », ils le seront plus encore dans quelques mois/années,
- dénoncez systématiquement les fausses solutions proposées par les élus politiciens, qui n’ayant rien prévu pour faire face au choc pétrolier irréversible qui arrive ne font qu’aggraver la situation en continuant en affaires courantes. Rappelons qu’en 2008, le baril a atteint 148$, ce qui a mis l’économie par terre. Comment les élus pensent-ils pouvoir maintenir l’équilibre social et économique dès que le prix du pétrole remontera en flèche ?

A Respire, nous avons modestement tenté de prendre nos responsabilités notamment en attirant l’attention du Parlement Bruxellois sur l’enjeu du pic du pétrole, avec ASPO Belgique. Voyez cette initiative ici : Pics du pétrole et du gaz : Bruxelles-Capitale a voté une résolution, il faut maintenant agir !

Cela n’a été suivi d’aucun effet. Non que l’on en attendait une révolution, ni même un plan de transition, pas non plus un ensemble de mesures, mais peut-être une analyse et la prolongation de la réflexion. Ce qui ne fut même pas le cas.

La période historique qui s’annonce est sans précédent : pour la première fois depuis l’origine de l’humanité, la quantité d’énergie consumée va décroître. Les individus qui sont aux commande de la mégamachine n’ont rien vu venir et ne veulent rien voir venir – à l’exception des pires spéculateurs qui en profitent pour remplir leurs comptes en banques.

Comptons donc sur nous-même, en développant la solidarité et en organisant des dispositifs coopératifs partout où cela est possible.
En tout cas n’attendons pas de solution des gouvernements et parlements actuels, ce serait, disons, ridicule.

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Washington envisage un déclin de la production de pétrole mondiale à partir de 2011, Matthieu Auzanneau, 23 mars 2010

Le département de l’énergie américain reconnaît qu’“il existe une chance pour que nous fassions l’expérience d’un déclin” de la production mondiale de carburants liquides entre 2011 et 2015 “si les investissements font défaut”, selon un entretien exclusif avec Glen Sweetnam, principal expert officiel du marché pétrolier au sein de l’administration Obama.

Cette alerte sur les capacités mondiales de production pétrolière lancée depuis Washington intervient au moment où la demande mondiale de pétrole repart à la hausse, et tandis que de nombreux projets d’extraction ont été gelés à cause la chute des cours du brut et de la crise financière.

(…)

L’administration de l’information sur l’énergie du DoE prédit que le déclin des sources identifiées de production sera régulier et fort : - 2 % par an, de 87 millions de barils par jour (Mb/j) en 2011 à seulement 80 Mb/j en 2015. A cette date, la demande mondiale de pétrole et des autres carburants liquides aura grimpé à 90 Mb/j, d’après le document de présentation de la table-ronde.

Les projets “non identifiés” de production de carburants liquides auraient donc à combler un écart de 10 Mb/j entre offre et demande en moins de 5 ans. 10 millions de barils par jour, c’est presque l’équivalent des extractions de l’Arabie Saoudite, premier producteur mondial avec 10,8 Mb/j.

[ Voir comment l’AIE a “présenté” ce graphique de façon plus « sereine » : Le pic pétrolier du brut est arrivé, avertit l’Agence de l’Energie US, Contrinfo, 31 mars 2010. ]

La demande mondiale de pétrole, après avoir traversé un trou d’air en 2009, devrait reprendre son l’essor en 2010, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), qui conseille les pays riches de l’OCDE. Evaluée à 86,5 millions de barils par jour, elle est revenue à un niveau légèrement supérieur à celui de 2008, lorsque la crise financière a débuté. La totalité de la croissance de la demande provient désormais des pays extérieurs à l’OCDE. Dans les pays en développement, cette croissance devrait se poursuivre à un rythme soutenu au cours des prochaines années, estime l’AIE.

D’après la présentation et la transcription de la table-ronde d’avril 2009 du DoE, de nombreuses régions pétrolifères devraient voir leurs extractions diminuer avant 2015.

La production de pétrole conventionnel hors pays de l’Opep (soit plus de la moitié de la production mondiale de brut aujourd’hui) serait d’ores et déjà en déclin, passant de 46,9 Mb/j en 2008 à 44,8 Mb/j en 2011, selon le graphique à la page 8 du document de présentation de la table-ronde.
La production totale de carburants liquides hors pays de l’Opep est stable depuis 2008, souligne l’AIE à Paris. Mais l’AIE ne fournit pas de chiffres concernant les seules extractions de pétrole conventionnel. En 2005, l’économiste en chef de l’AIE, Fatih Birol, prédisait dans Le Monde que la production de pétrole hors Opep décroîtra “juste après 2010″.

Le DoE suppose que d’ici à 2015, parmi les 15 principaux pays producteurs de pétrole, seuls 6 seront capables d’augmenter significativement leurs productions, d’après le graphique à la page 9 du document de présentation de la table-ronde.

7 des 15 plus gros producteurs mondiaux auront à faire face à des réductions substantielles de leurs extractions sur la période allant de 2007 à 2015, selon le DoE : la Russie (- 0,15 Mb/j), la Chine (- 0,2), l’Iran (- 0,4), le Mexique (- 0,9), les Emirats Arabes Unis (- 0,3), le Venezuela (- 0,25) et la Norvège (- 0,7).

Les extractions de l’Irak et du Koweit ne devraient connaître qu’une faible augmentation.

Le département de l’énergie américain considère que la plus forte hausse de la production devra venir des Etats-Unis : une poussée de + 1,8 Mb/j en huit ans (de 2007 à 2015), équivalente à plus du quart de la production américaine actuelle. Depuis le début des années 70, la production de brut des Etats-Unis s’effrite de façon régulière.

Le “décollage de la production d’éthanol” devrait permettre d’assurer l’augmentation énorme de la production américaine de carburants liquides attendue par le DoE, a affirmé Glen Sweetnam lors de la table-ronde d’avril 2009, selon la transcription de celle-ci.

Ce décollage de la production d’éthanol, initié durant l’ère Bush, pourrait même représenter un volume supérieur à la hausse de 1,8 Mb/j attendue par le DoE, puisque les extractions américaines de brut décroissent depuis quatre décennies, et parce qu’aucune nouvelle réserve de taille importante n’est prête à être mise en exploitation en Alaska ou ailleurs aux Etats-Unis.

Le quart des récoltes américaines de céréales est déjà destiné à la distillation d’agrocarburants tels que l’éthanol, d’après une analyse de chiffres de 2009 du département de l’agriculture américain publiée par le Earth Policy Institute, un groupe de chercheurs écologistes basé à Washington.

De nouveaux projets “non identifiés” seront-ils capables de compenser le déclin des sources existantes de production, afin de combler en moins de 5 ans, d’ici à 2015, l’écart de 10 Mb/j annoncé par le DoE entre demande et offre identifiée ?

Il faut au moins 7 ans pour lancer un nouveau projet d’extraction pétrolière, reconnaît le DoE.

Glen Sweetnam a déclaré lors de la conférence d’avril 2009 que les récentes découvertes de pétrole ultra-profond au large du Brésil constituaient “en quelque sorte le seul point positif (…) en attendant que nous allions dans l’Arctique”.

Le secrétaire général de l’Opep, Abdalla Salem El-Badri, a fait savoir en février 2009 que sur les 135 nouveaux projets pétroliers annoncés pour les prochaines années, les membres de l’Opep en ont gelés 35 jusqu’en 2013, parce que “les prix actuels menacent la pérennité même des investissements prévus”.
(…)

A lire également, trois rapports sur le « peak oil » présentés et accessibles sur le site de l’ASPO Belgique.


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