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Résumé de l’étude de l’ASPO Belgique :

Pic du Pétrole et Pic du Gaz

Patrick Brocorens, ASPO Belgique, février 2007

mardi 29 mai 2007

Pic du Pétrole et Pic du Gaz

Le déclin des ressources pétrolières et gazières après leur Pic de production est un défi sans précédent. Préparons-nous.

Patrick Brocorens
Service de Chimie des Matériaux Nouveaux
Faculté des Sciences
Université de Mons-Hainaut, Mons, Belgique

Le résumé de l’étude (accessible au format .pdf), est reproduit ici avec l’aimable autorisation de l’auteur.

Résumé [1]

Durant six générations, le pétrole a servi de moteur à l’édification de la civilisation moderne, si bien qu’actuellement pratiquement tout objet acheté en magasin a nécessité la consommation de pétrole. Le belge consomme 6,8 litres de pétrole par jour. Cependant, les jours du pétrole abondant et bon marché arrivent rapidement à leur terme.

Le Pic du pétrole

Durant le premier semestre 2006, alors que le prix du baril de pétrole augmentait constamment, de nombreuses explications furent données pour expliquer ces hausses : la guérilla au Nigéria, la guerre en Irak, le dossier nucléaire iranien, le manque de capacités de raffinage, etc.

La notion de Pic du pétrole - le moment dans l’histoire de l’humanité à partir duquel la production de pétrole ne peut plus augmenter et commence à décliner inexorablement pour des raisons géologiques - a reçu beaucoup moins de couverture médiatique. Lorsqu’un journaliste se posait la question de savoir s’il y avait physiquement assez de pétrole, il y avait toujours un expert pour répondre que les réserves prouvées pouvaient tenir 40 ans au niveau de consommation actuel. Cependant, d’un point de vue économique, le moment où la dernière goutte de pétrole sera extraite du sous-sol importe peu. Ce qui compte, c’est le moment où la production de pétrole atteint son maximum, car passé ce Pic de production un déséquilibre croissant apparaît entre une demande qui augmente et une production qui diminue chaque année. Un certain nombre d’experts prévoient que le pétrole a déjà atteint ou va atteindre son Pic de production dans un futur relativement proche, entre 2005 et 2020. La production mondiale de pétrole stagne depuis début 2005, et nous pourrions très bien être sur le Pic mondial, car ce n’est qu’après l’avoir dépassé et avoir connu plusieurs années consécutives de déclin de la production que nous saurons avec certitude quand a eu lieu le Pic mondial. Différentes observations suggèrent que ce moment est proche.

La production mondiale de pétrole et de gaz des champs existants décline à un taux moyen de 4 à 6% par an, alors que la demande en ces combustibles fossiles augmente de 1 à 2% par an. Chaque année, de nouveaux gisements doivent donc être mis en production assez rapidement pour à la fois combler le déclin des champs existants et satisfaire la hausse de la demande. La tâche est énorme, puisque entre 2003 et 2015, l’industrie pétrolière devra trouver, développer et produire un volume nouveau de pétrole et de gaz égal à 80 % de la production de pétrole de l’année 2003. Et bien que les compagnies pétrolières parlent de l’abondance du pétrole et disent qu’elles peuvent produire davantage, les chiffres de leur production affirment le contraire. Entre 2001 et 2005, la production d’hydrocarbures liquides a baissé de 5,3% pour Shell, de 17,4% pour Repsol, et de 14,8% pour Chevron. Exxon ne parvint que difficilement à maintenir sa production, les nouveaux développements à l’étranger ne faisant que compenser la chute de la production aux Etats-Unis (-33% en 5 ans). Sur les 48 principaux pays producteurs de pétrole, 33 sont en déclin confirmé, et ni des prix élevés du pétrole, ni les avancées technologiques n’ont jamais permis de stopper le déclin et de relancer la croissance de la production une fois le pic franchi, que ce soit aux Etats-Unis, en Mer du Nord, ou dans n’importe quel autre pays.

Tout espoir de repousser dans le futur le Pic mondial repose sur le Moyen-Orient, qui contient 65% des réserves prouvées officielles de pétrole. En 2004, l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) estimait que le Moyen-Orient devait augmenter sa production de 172% entre 2002 et 2030 pour que la demande mondiale soit satisfaite. Cependant, il est connu que les chiffres des réserves de pétrole de l’OPEP sont douteux. En 2004, l’AIE signalait qu’entre 1985 et 1990, les réserves de l’OPEP augmentèrent de plus de 40% à la suite des négociations en cours à cette époque concernant les quotas de production, et non parce que de nouvelles réserves furent découvertes, très peu d’activités d’exploration ayant été entreprises à cette époque. L’AIE a également affirmé que pendant 20 ans les chiffres de l’OPEP ne changèrent pratiquement pas, bien que 218 milliards de barils furent extraits pendant cette période (soit l’équivalent de 41% des réserves de l’OPEP déclarées en 1985). Malgré ces informations, l’AIE n’effectue aucun ajustement des chiffres officiels de l’OPEP et les utilise tels quels dans ses prévisions à long terme concernant l’approvisionnement mondial en pétrole. Cette politique basée sur la foi plutôt que sur le bon sens trouva ses limites dans les développements survenus récemment au Koweït, en Arabie Saoudite, et au Mexique.

La production de pétrole du Mexique, d’Arabie Saoudite, et du Koweït est concentrée dans une poignée de champs dits ‘super géants’. Au total, 10 champs de pétrole assurent de 60 à 90% de la production de ces trois pays, et produisent l’équivalent de 30% des exportations mondiales de pétrole. Or, en 2005 et 2006, les Koweïtiens, les Saoudiens, et les Mexicains annoncèrent que leurs champs ‘super géants’ entraient en déclin. En Arabie Saoudite, les capacités existantes de production déclineraient de 5 à 12% par an. En d’autres termes, chaque année, 500.000 à 1 million de barils/jour de nouvelles capacités doivent être mises en production juste pour maintenir la production à niveau. Ce fut donc une révélation incroyable que d’apprendre que les champs ‘super géants’ saoudiens, qui fournissent fidèlement depuis 40 à 60 ans plus de 90% de la production du pays et sont supposés contenir plus de la moitié des réserves du pays, sont aujourd’hui en déclin, et que ce déclin est rapide (5 à 12% par an). Il n’est donc pas certain que l’Arabie Saoudite puisse maintenir longtemps sa production au niveau actuel, et encore moins l’augmenter. Le Mexique a 60% de sa production concentrée en un seul champ de pétrole qui a atteint son pic en 2004, est aujourd’hui en déclin précipité, et va voir sa production chuter de 35 à 75% en trois ans à peine. L’exemple mexicain n’est pas de nature à rassurer quant à l’évolution de la production des champs saoudiens, qui sont exploités par des techniques similaires et pourraient connaître un même déclin brutal et précipité. De telles chutes de production seraient difficiles à combler car il n’existe pas d’autres champs de taille similaire pour prendre la relève. Le dernier ayant été découvert en 1968, il est peu probable qu’on en découvre encore. Les découvertes de champs géants de plus de 500 millions de barils sont également sur le déclin, avec pour la première fois en 2003 aucune découverte de ce type. Et bien que 500 millions de barils constituent un volume considérable, cela ne représente que 6 jours de consommation à l’échelle de la planète. En réalité, les découvertes de pétrole ne sont tout simplement plus au rendez-vous. Les découvertes ont atteint leur maximum dans les années 60 et se font depuis de plus en plus rares. Depuis le milieu des années 80, on consomme chaque année plus de pétrole qu’on en découvre et cet écart ne cesse de se creuser. En 2003, les 10 premiers groupes pétroliers engagèrent 8 milliards de dollars en recherches, mais celles-ci furent décevantes puisqu’ils ont découvert l’équivalent de moins de 4 milliards de dollars en pétrole et gaz.

Le Pic du gaz naturel

La situation du gaz naturel est encore plus préoccupante, car depuis 2000, un nombre significatif de producteurs clés sont en déclin : les Etats-Unis, le Canada, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, et les principaux champs russes. Au total, plus de la moitié de la production mondiale de gaz naturel vient d’entrer en déclin de façon largement inattendue au cours des dernières années, et le gaz naturel tend à décliner plus rapidement que le pétrole. Il est important de se rendre compte qu’un grand nombre de consommateurs, d’hommes politiques, et d’industriels ne s’imaginent pas qu’un Pic du gaz puisse arriver si tôt, car l’opinion générale est que le Pic du gaz se produira bien après celui du pétrole. Or, le déclin du gaz britannique et le déclin du gaz nord-américain sont survenus respectivement avec au moins 10 ans et 28 ans d’avance par rapport aux prévisions de l’AIE. Ces développements sont d’autant plus préoccupants qu’ils ne sont pas encore pleinement pris en compte par les gouvernements et les industriels. Ainsi, selon les prévisions 2004 de l’AIE, la consommation mondiale de gaz naturel devrait quasiment doubler d’ici 2030. En 2004, le bureau du Plan belge prévoyait dans un scénario de référence que la consommation de gaz naturel en Belgique augmenterait de 84% entre 2000 et 2030. En se basant sur les prévisions trop optimistes d’approvisionnement en gaz naturel effectuées par l’Administration de l’Information de l’Energie américaine, les compagnies d’électricité américaines ont construit à un rythme effréné de nouvelles centrales au gaz, dépensant plus de 100 milliards de dollars au cours des 6 dernières années. Mais aujourd’hui, alors que les centrales au gaz totalisent 42% de la puissance électrique installée, elles fournissent à peine 19% de l’électricité du pays faute de gaz.

La fin du pétrole et du gaz bon marché.

La réduction de l’approvisionnement en gaz et pétrole après leur Pic aura des conséquences d’autant plus désastreuses que la demande en ces formes d’énergie augmente sans cesse. La demande en pétrole est soutenue entre autres par la croissance du parc automobile mondial (+2,5% par an). Selon Yves Mathieu, Ingénieur de l’Institut Français du Pétrole, un Pic mondial pourrait survenir dès 2006-2009, suivi d’un déclin de 2% par an de la production qui entraînerait une baisse de 30% de la disponibilité en carburant par véhicule d’ici 2015. Et dans le cas favorable où le Pic mondial serait repoussé au-delà de 2020, la production de pétrole augmenterait trop peu (+5 à 6%) pour satisfaire tous les automobilistes, ce qui entraînerait de toute façon une baisse de 15% de la disponibilité en carburant par véhicule d’ici 2015. Autrement dit, à partir de 2009, une tension extrêmement forte sur les carburants existera même si le Pic mondial est repoussé au-delà de 2020. Dans un rapport publié en 2005, Oil Shockwave, la National Commission on Energy Policy & Securing America’s
Future Energy
prévoit qu’une baisse soutenue de seulement 4% de l’approvisionnement en pétrole pousserait les prix du pétrole au-delà de 160$ le baril, plongeant l’économie mondiale en récession.

Des alternatives limitées

En Belgique, la moitié du pétrole est utilisée par les transports, le reste est consacré au chauffage domestique et à la pétrochimie. A l’heure actuelle, aucune alternative aux carburants liquides n’a été mise en place dans le domaine des transports. Or, la plupart des énergies renouvelables (éolien, hydro, cellules solaires, géothermie, énergie marémotrice) ne produisent pas de carburant liquide mais de l’électricité. Le pétrole n’étant quasiment pas utilisé pour produire de l’électricité, toutes ces sources renouvelables n’auront qu’une influence limitée sur la consommation de pétrole. Seuls les biocarburants font exception, et forment une source renouvelable de combustible liquide et de matières premières pour l’industrie chimique. Cependant, les biocarburants ne pourront remplacer qu’une quantité limitée de pétrole sous peine de voir les prix de l’alimentation flamber, la nourriture et les carburants étant en compétition directe. A l’heure actuelle, la consommation mondiale de céréales est déjà supérieure à la production, et si aucune flambée des prix ni aucune famine ne se sont produites jusqu’à présent, c’est parce que nous puisons sur les stocks accumulés durant les années 80. Cela ne peut durer bien longtemps dans un monde qui grossit de 75 millions d’habitants par an [2]. En admettant qu’on puisse couvrir 10% des terres cultivables de Belgique par du colza, seuls 25 litres de biodiesel pourraient être obtenus par habitant et par an. La production de biocarburants requiert également des quantités importantes d’énergie. Dans un litre de bioéthanol de maïs, de 60 à 100% de l’énergie est de l’énergie fossile déguisée.

Les sources de pétroles non conventionnels tels que les sables bitumineux sont vastes mais requièrent des quantités importantes d’énergie pour en extraire le pétrole. Selon une estimation, l’extraction du pétrole des sables bitumineux canadiens consommerait deux à trois fois les réserves canadiennes de gaz naturel, or la production de gaz naturel décline en Amérique du Nord. D’autres études montrent que l’exploitation de ces sources conventionnelles ne retardera pas l’arrivée du Pic mondial, mais ne fera que freiner le déclin.

Le charbon est sale et émet plus de gaz à effet de serre que le gaz et le pétrole. Le monde a 170 ans de charbon au niveau de consommation actuel [3]. Mais si la consommation augmente de 2.5% par an, les réserves tombent à 67 ans. La croissance au cours des 5 dernières années a été bien plus élevée (5% par an [4]), et si on utilise le charbon pour remplacer le gaz et synthétiser des carburants liquides, et si on tient compte que le charbon aura aussi son Pic de production, un Pic mondial du charbon pourrait se produire dans environ 30 ans [5].

L’hydrogène est souvent cité comme étant le carburant du futur. Mais l’hydrogène n’est pas une source d’énergie, c’est une façon de la stocker. Etant donné qu’il faut plus d’énergie pour produire l’hydrogène que l’hydrogène n’en restituera jamais, il reste à trouver une source d’énergie abondante et bon marché pour produire cet hydrogène. De nombreux défis technologiques et économiques restent également à résoudre pour savoir si l’hydrogène sera un jour économiquement viable et accessible à tous ou réservé à une minorité fortunée.

La contribution du solaire et de l’éolien augmente rapidement, mais il s’agit encore de sources d’énergie marginales en Belgique (0.03% [6]) et en Europe (0.34% [7]). Remplacer la production belge d’électricité par de l’éolien nécessiterait l’installation de 17700 éoliennes de 2MW, soit planter une éolienne tous les 1300m sur toute l’étendue du pays [8]. Certains problèmes technologiques liés à l’intermittence de la production doivent également être résolus pour pouvoir augmenter la part de marché de ces technologies de manière significative.

Les problèmes de remplacement du gaz naturel sont tout aussi impressionnants. Le gaz naturel est essentiellement utilisé dans la production d’électricité, le chauffage domestique et la production de chaleur pour la grosse industrie (verrerie, briqueterie, sidérurgie, chimie), ainsi que comme matière première pour l’industrie chimique, en particulier la production d’engrais azotés. Le renchérissement du gaz naturel menace donc directement l’agriculture c.- à-d. la sécurité alimentaire des populations et la production des biocarburants.

Les réactions politiques

Dans le monde en général, et en Belgique en particulier, on parle encore peu du Pic du pétrole, essentiellement par manque d’information. Mais parmi les quelques politiciens au courant, la mobilisation commence, avec des actions visibles en Nouvelle-Zélande, en Australie, ou en Suède. Aux Etats-Unis, une introduction sur le Pic du pétrole a été donnée à la chambre des représentants, et 24 députés y ont formé un Comité du Pic du pétrole. Différentes municipalités ont formé des groupes d’étude pour évaluer les implications du Pic du pétrole sur l’organisation de leur commune. Le temps presse car diverses études indiquent
qu’une préparation sérieuse doit être entamée plusieurs décennies avant d’atteindre le Pic du pétrole si on veut éviter des pénuries et des conséquences économiques dramatiques.

Pic du pétrole et du Gaz - ASPO Belgique

Notes

[1La majorité des informations citées dans le résumé sont discutées dans ce rapport ; les références qui s’y rapportent ne sont donc pas citées ici. Seules les informations nouvelles non développées dans ce rapport sont référencées ici.

[2U.S. Census Bureau, www.census.gov/ipc/www/worldpop.html

[4Ibid. BP Statistical Review of World Energy June 2006, Historical data series

[5Richard Heinberg Bridging Peak Oil and Climate Change Activism, Energy Bulletin, 09 janvier 2007,
www.energybulletin.net/24529.html.

[6Données 2004 du Service Public Fédéral Belge Economie, PME, Classes Moyennes et Energie,
http://mineco.fgov.be/energy/energy_statistics/Statistics_fr_008.htm.

[7European Commission staff working document, EU energy policy data, 10 janvier 2007,
http://ec.europa.eu/energy/energy_policy/doc/02_eu_energy_policy_data_en.pdf.

[8La disponibilité intérieure belge en électricité en 2004 fut de 93219 GWh. Pour produire cette quantité d’électricité à partir d’éoliennes de 2MW fonctionnant à 30% de leur puissance (les données disponibles entre 1990 et 2001 montrent que les éoliennes ont tourné à moins de 20% de leur puissance), il faudrait 17700 éoliennes, soit 1 éolienne pour 1.7 km2, soit une éolienne tous les 1300 m. Données : Service Public Fédéral Economie, PME, Classes Moyennes et Energie : http://mineco.fgov.be/energy/energy...,
www.mineco.fgov.be/energy/renewable...


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