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La fête du pétrole est finie, qu’on se le dise

mercredi 5 août 2009

« Les signes de reprise font s’envoler les cours du pétrole » titrait Les Echos (FR), ce 4 août 2009. Repassé rapidement au-dessus des 70 dollars alors que les économistes des USA imaginent la crise économique en train de se résorber, le quotidien français de l’économie fait sa Une sur le risque que le pic du pétrole fait peser sur la reprise.

C’est que la veille, le chef économiste à l’Agence Internationale de l’Energie a à nouveau tiré le signal d’alarme (il l’avait déjà fait en 2008) : le pic du pétrole arrive en courant et le monde n’y est absolument pas préparé.

Nous en parlions dernièrement ici : Pics du pétrole et du gaz : Bruxelles-Capitale a voté une résolution, il faut maintenant agir !.
L’article introductif au texte de la résolution bruxelloise sur le pic du pétrole et du gaz avait d’ailleurs été refusé par trois quotidiens francophones du pays, mais peu importe.

Une chose, toujours la même chose, est saisissante dans la manière dont la presse, et singulièrement la presse économiciste, parle [quand elle le fait, ce qui est très rare] du pic du pétrole : les conséquences logiques de la fin du pétrole peu cher ne sont jamais prises en considération, regardées en face et assumées par les chroniqueurs et autres décideurs.
La déplétion des principaux champs pétroliers a commencé, elle est plus rapide que prévue ? Voyons voir comment faire des voitures électriques et construire une « croissance verte », regardons comment l’Inde et la Chine, ces méchants pétro-gloutons, vont consommer l’or noir, etc. Bref, cherchons par tous les moyens à nier la réalité, à masquer notre fragilité, à fuir nos responsabilités.

Cet aveuglement, cette incapacité radicale à remettre en question le développement industriel productiviste né en occident, est le pire ennemi environnemental, c’est-à-dire notre pire ennemi à tous.

Ce qui est particulièrement complexe dans cette affaire, est que ce pire ennemi est en nous.
Nous ne sommes pas « tous Américains », mais nous sommes tous aveuglés par notre pétrodépendance et par le système économique qui régit notre vie quotidienne et qui repose entièrement sur le brut.

Faites une B-A : dites-vous que vous êtes dépendant du pétrole et que tant que vous l’êtes, il n’y a pas de solution à « la crise ». Dites-le aussi (gentiment) à votre voisin : il est dépendant du pétrole. Et dites à vos élus que non seulement ils sont dépendants du pétrole, mais qu’en plus ils n’ont pas de solution pour prendre leur responsabilité et sevrer l’économie de l’or noir, car ils n’ont pas le courage politique de dire et d’acter que « la fête du pétrole est finie ».

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« Les signes de reprise font s’envoler les cours du pétrole » titrait Les Echos (FR), ce 4 août 2009 :

Selon l’Agence, le marché pétrolier est à la croisée des chemins. Deux scénarios peuvent être envisagés pour les années à venir. Dans le cas d’une croissance mondiale atteignant 5 % par an en 2012-2014, la demande de pétrole devrait augmenter de 1,4 % par an après 2009.

L’AIE estime qu’il y aura alors des risques de « choc pétrolier », compte tenu des reports d’investissements actuels dans l’amont pétrolier. Dans le cas d’une croissance mondiale plus modeste, de l’ordre de 3 % par an en 2012-2014, ces risques sont exclus. Le marché devrait disposer de la flexibilité nécessaire pour répondre à la demande. Reste maintenant à voir quelle sera la croissance des pays émergents à cet horizon, et surtout l’ampleur de leur dépendance au pétrole d’ici à cinq ans.

Les réserves de pétrole s’épuisent plus rapidement que prévu
Le monde, 4 aout 2009
 :

Le temps du pétrole abondant et bon marché sera très bientôt derrière nous. C’est le cri d’alarme du docteur Fatih Birol, chef économiste à l’Agence internationale de l’énergie, organisme basé à Paris. Dans un entretien accordé au journaliste Steve Connor du quotidien britannique The Independent, le spécialiste chargé de mesurer les possibilités d’approvisionnement des pays de l’OCDE donne une évaluation très pessimiste des réserves de pétrole à l’échelle de la planète.

Selon lui la production mondiale devrait atteindre son niveau maximum dans une dizaine d’années, c’est-à-dire au moins dix ans plus tôt que prévu par la plupart des estimations des pays de l’OCDE. Pis, les trois quarts des sites pétroliers auraient déjà atteint cette capacité maximale et seraient sur le déclin, un déclin lui aussi plus rapide que prévu.

Aggravé par un sous-investissement chronique des pays producteurs dans leurs infrastructures, la pénurie de pétrole pourrait "compromettre tout espoir de reprise après la crise économique actuelle", a déclaré le Dr Birol au journal. Il ajoute que cet "oil crunch" devrait se traduire par une augmentation durable du prix du baril car la demande continue à augmenter et devrait même dépasser l’offre disponible dès l’année 2010.

(…)

Warning : Oil supplies are running out fast, The Independent, august, 3, 2009 :

(…)

The world is heading for a catastrophic energy crunch that could cripple a global economic recovery because most of the major oil fields in the world have passed their peak production, a leading energy economist has warned.

Higher oil prices brought on by a rapid increase in demand and a stagnation, or even decline, in supply could blow any recovery off course, said Dr Fatih Birol, the chief economist at the respected International Energy Agency (IEA) in Paris, which is charged with the task of assessing future energy supplies by OECD countries.

In an interview with The Independent, Dr Birol said that the public and many governments appeared to be oblivious to the fact that the oil on which modern civilisation depends is running out far faster than previously predicted and that global production is likely to peak in about 10 years – at least a decade earlier than most governments had estimated.

But the first detailed assessment of more than 800 oil fields in the world, covering three quarters of global reserves, has found that most of the biggest fields have already peaked and that the rate of decline in oil production is now running at nearly twice the pace as calculated just two years ago. On top of this, there is a problem of chronic under-investment by oil-producing countries, a feature that is set to result in an "oil crunch" within the next five years which will jeopardise any hope of a recovery from the present global economic recession, he said.

In a stark warning to Britain and the other Western powers, Dr Birol said that the market power of the very few oil-producing countries that hold substantial reserves of oil – mostly in the Middle East – would increase rapidly as the oil crisis begins to grip after 2010.

"One day we will run out of oil, it is not today or tomorrow, but one day we will run out of oil and we have to leave oil before oil leaves us, and we have to prepare ourselves for that day," Dr Birol said. "The earlier we start, the better, because all of our economic and social system is based on oil, so to change from that will take a lot of time and a lot of money and we should take this issue very seriously," he said.

"The market power of the very few oil-producing countries, mainly in the Middle East, will increase very quickly. They already have about 40 per cent share of the oil market and this will increase much more strongly in the future," he said.

There is now a real risk of a crunch in the oil supply after next year when demand picks up because not enough is being done to build up new supplies of oil to compensate for the rapid decline in existing fields.
(…)
Steve Connor, Science Editor


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