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EDF prône la sobriété !

La production d’énergie pourrait décliner avant 2040, selon les chercheurs d’EDF

mardi 30 octobre 2007

Les chercheurs d’EDF s’attendent à "des tensions énergétiques liées au pétrole à un horizon qui ne devrait pas dépasser 2015-2020". Le directeur R&D Yves Bamberger, évoque "un nécessaire effacement de la demande [d’énergie] qui ne pourra être obtenu que par des efforts de sobriété".

Un tel signal d’alarme a de quoi surprendre, puisqu’il émane d’un groupe industriel dont la vocation est de vendre de l’énergie.

EDF R&D met d’abord en évidence un déclin de la production mondiale de pétrole "autour de 2020". Un pronostic très proche des thèses controversées de l’ASPO, une association internationale de pétro-géologues qui jugent que les capacités d’extraction futures sont dangereusement surévaluées par les firmes pétrolières étatiques et privées.

L’analyse d’Y. Bamberger, cosignée par B. Rogeaux, ne s’arrête à ce seul pronostic inquiétant. La suite de l’étude tente d’évaluer l’augmentation de la production mondiale des autres sources d’énergie : l’hydraulique serait multiplié par 2, les autres énergies renouvelables par 25, le nucléaire et le charbon par 5. Malgré ce développement colossal, "c’est avant 2040 que la demande énergétique mondiale ne peut plus être satisfaite avec les technologies aujourd’hui opérationnelles", préviennent les auteurs.

Et encore... Les chercheurs qualifient eux-mêmes leur scénario d’"optimiste". En effet, ils retiennent une hypothèse de croissance de la demande mondiale d’énergie de seulement 1,7 % par an, quand l’Agence internationale de l’énergie table sur 2,4 %. MM. Bamberger et Rogeaux insistent sur le caractère inéluctable d’un "recours massif au charbon" pour répondre à cette croissance de la demande.

"Est-ce réaliste et souhaitable ?", interrogent-ils. A cause du charbon, ce scénario envisage des émissions annuelles de CO2 atteignant 9 à 10 gigatonnes d’équivalent carbone d’ici à 2020-2040. La "limite souhaitable" pour contenir l’impact de ce gaz à effet de serre sur le climat est estimée à 3 gigatonnes...
M. Rogeaux souligne : "Les seules solutions ’éthiques’, qui limiteront l’utilisation du charbon, conduisent à une décroissance de l’offre énergétique mondiale dès 2025-2030."

EDF R&D fait valoir que les nouvelles technologies "requièrent le plus souvent un délai incompressible de 20 à 30 ans pour être déployées massivement". Quelle source d’énergie miracle pourrait d’ici là venir combler, dans une génération, le déclin de celles que l’humanité maîtrise déjà ? L’article publié par la Revue de l’énergie se contente d’inscrire un point d’interrogation en face duquel est écrit : "A trouver..."

Source : Le Monde (22/10/2007). Voir l’article complet.


La recherche dont il est question dans cet article, intitulée "Quelles solutions des industriels peuvent-ils apporter aux problèmes énergétiques", parue dans le numéro 525 de la Revue de l’Energie (janvier-fevrier 2007), est accessible en ligne sur le site de l’ASPO France.

Extrait :

CONCLUSION : UNE PRISE DE CONSCIENCE DIFFICILE, MAIS NÉCESSAIRE ET URGENTE

Pour nous, la ressource la plus rare du monde énergétique, c’est le temps dont nous disposons pour assurer les nécessaires
transitions vers une meilleure efficacité énergétique, et vers un nouveau système énergétique où seront développés les usages finals de l’électricité, y compris dans les transports, via les ENR et le nucléaire.

Nous avons vu que ces transitions coûteuses ne seront toutefois mises en place que dans le cadre de plans d’urgence qui supposent
des efforts conséquents (2 % du PIB environ). Une réelle sobriété énergétique sera nécessaire dans les pays les plus consommateurs
pour arriver à boucler le bilan. Ces plans d’urgence ne porteront leurs premiers effets visibles qu’au bout de 15 ans, et il faudra
30 à 50 ans pour les développer pleinement et reconfigurer l’ensemble du monde énergétique.

Si les décisions sont prises rapidement, nous avons une chance de réussir à structurer une réelle coopération mondiale et d’éviter que les tensions énergétiques qui se profilent autour de 2015-2020 ne dégénèrent en conflits mondiaux et autres effondrements économiques, pour un coût qui dépassera très largement 2 % du PIB. Nous avons
aussi une chance de préserver la viabilité de la planète en contrôlant nos émissions de CO2 et en évitant d’aggraver le changement climatique qui se dessine.

Mais ces décisions sont impossibles à prendre tant que les choix politiques ne resteront conditionnés que par le seul souci du
pouvoir d’achat à court terme. Jusqu’à quand le consommateur d’aujourd’hui dictera- t-il sa loi au citoyen, au politique… et au consommateur de demain ?

*
* *

L’ensemble de ces analyses est assez facile à comprendre intellectuellement, mais beaucoup plus difficile à croire et à réellement intégrer dans nos schémas de pensées.

Pour construire le nouveau monde énergétique, il reste à dénouer deux difficultés, qui ne seront pas les plus faciles. L’une concerne le consommateur : « il n’est pas contraire à la raison de préférer la destruction du monde entier à une égratignure de mon doigt » [1]. L’autre concerne le citoyen : « tout le problème vient de ce que nous ne croyons pas ce que nous savons » [2].

Notes

[1David HUME (1711-1776) « Traité de la nature humaine » livre II, partie III, chap. 3.

[2Jean-Pierre DUPUY, « Pour un catastrophisme éclairé », Ed. du Seuil 2002.


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