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“Arrêtons la farce du développement durable !” Dominique Bourg

jeudi 17 juin 2010

L’un des principaux conseillers de Nicolas Hulot déclare que le développement durable ça n’a pas marché et c’est n’importe quoi. Enfin ! Il en aura fallu du temps, et aussi toute la force de l’excellent travail des objecteurs de croissance français (voir par exemple l’IEESDS, l’ADOC France, le MOC).

Espérons que M. Bourg maintiendra cette position raisonnable, et que la fondation Hulot le confirmera. Notons cependant que la conclusion s’impose d’elle même : la fondation Hulot - sponsorisée par une boîte de pub (TF1) et un producteur de déchets nucléaires (EDF) - fait du développement durable : cette fondation est une farce.

“Arrêtons la farce du développement durable !”, Acteurs publics, 14 juin 2010. Extraits :

Dominique Bourg est philosophe. Ancien professeur à l’université de technologie de Troyes (UTT) et à Sciences-Po Paris, il dirige depuis 2006 l’axe “Fondements et mise en œuvre de la durabilité” de l’Institut de politiques territoriales et d’environnement humain à l’université de Lausanne. Membre du comité de veille écologique de la Fondation Nicolas Hulot, il imagine pour Acteurs publics l’avenir de nos territoires et notre société.

L’aménagement du territoire peut-il être durable ?

Il devrait l’être. Mais nous ne savons pas encore exactement ce que peut recouvrir un aménagement du territoire durable. Ce que nous savons, c’est que nous quittons un univers ouvert, que l’on croyait infini, pour entrer dans un monde qui se rapetisse, car nous sommes de plus en plus nombreux, confrontés à une sorte de finitude tous azimuts, que ce soit en termes d’énergies fossiles, de minéraux, d’eau douce, de ressources issues du vivant...

Nous prenons aussi conscience des limites de nos techniques, de nos capacités d’analyse et de compréhension. Nous entrons dans un monde qui n’est plus celui des modernes. C’est un monde, si ce n’est de pénurie, en tous les cas de tensions sur les ressources. Les distances vont se resserrer. Nous allons devoir privilégier les circuits courts. Nos activités vont devoir changer.

(...)

Vous dites qu’il est déjà trop tard pour parler de développement durable...

Effectivement, ça n’a plus aucun sens. Développement durable signifie : réduire les déséquilibres environnementaux et les déséquilibres en termes de répartition des richesses sur Terre. Cela fait trente ans que l’on en parle et pendant ce temps, les déséquilibres ont explosé. Contrairement à ce que nous avions cru, nous n’arrivons pas à découpler la croissance du PIB de la consommation de ressources. Au contraire, nous assistons à une explosion de la consommation de ressources.

Arrêtons la farce du développement durable ! Nous allons devoir nous adapter à un monde profondément nouveau. Le récent rapport de la commission anglaise du développement durable signé Tim Jackson, Prosperity without Growth. The transition to a sustainable economy, est à cet égard clair : la décroissance n’est pas un choix idéologique, mais une nécessité.

Est-ce que la notion de ville existera encore ?

Bien entendu, car la ville est l’un de nos fondements culturels. Selon Aristote, c’est le seul endroit où la nature humaine peut s’épanouir, le lieu où l’on fait de la philosophie, de la science, où l’on mène des activités politiques et esthétiques. Mais les villes seront différentes.

Comment imaginez-vous la ville de demain ?

Un monde avec une énergie beaucoup plus chère, c’est probablement un monde où les cités se rétrécissent, les banlieues telles que nous les connaissons aujourd’hui, d’immenses zones périurbaines, n’existeront plus.

Les cités vont décroître et tisser un réseau de villes moyennes. Elles deviendront plus agréables, construites sur des entrelacs de minéral et de naturel, de sauvage et d’artificiel. Les circuits d’eaux seront à nouveau aériens, les murs végétalisés deviendront très savants. Certaines sociétés, en France, travaillent déjà là-dessus. Il y aura une présence du naturel plus forte.

(...)

Faites-vous confiance aux politiques pour changer les choses ?

Il existe une telle interdépendance qu’il est extrêmement difficile pour un pays, voire pour une aire entière comme l’Europe, de changer les choses. Mais en même temps, seules les autorités publiques peuvent nous permettre d’évoluer vers quelque chose de différent. On le voit avec la taxe carbone.

C’est par le biais de la fiscalité que l’on va amener les citoyens à entrer dans ce monde de la finitude, on le fait déjà. La Hollande taxe au kilomètre parcouru, 3 centimes d’euro le kilomètre. Nous allons assister à un basculement général de la fiscalité vers la consommation de ressources, et tout ceci aura un impact très fort sur l’aménagement du territoire. Mais tant que la pression sur les ressources n’est pas suffisamment forte, il ne se passera rien.

On se dirige vers une société radicalement différente ?

Oui, car nos pouvoirs d’achat vont diminuer. Le coût de l’alimentation va croître et va redevenir une part importante du budget familial. Aujourd’hui, si nos enfants font des études, c’est parce que le coût de l’alimentation a diminué de 75 % depuis un demi-siècle. C’est pour cela que j’ai autant d’étudiants devant moi, c’est pour cela qu’ils peuvent payer leurs études. Désormais, je ne vois que deux modèles possibles, soit on répond à la pénurie en accroissant les inégalités et on casse les régimes démocratiques, soit on resserre les inégalités sociales.

Je crois que seule une solidarité accrue peut rendre ce monde contraint acceptable. J’imagine un monde plus rude mais plus solidaire parce que plus rude… Un monde où l’on a besoin de resserrer les liens, comme dans les pays de montagne. On peut aller vers un monde qui offre plus de sens. Mais je ne sais pas lequel de ces deux modèles va l’emporter.


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