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A propos de la guerre en Géorgie, du pic du pétrole et de l’approvisionnement energétique en Belgique

Découvrez "L’hebdo du PO" [Peak-Oil] proposé par www.Oléocène.org

jeudi 21 août 2008


Oleocène.org, "site dédié à la fin de l’âge du pétrole" propose depuis la fin du mois de juillet 2007 "L’Hebdo du PO [du Peak Oil], qui vous montre les signes du pic pétroliers dans l’actualité de la semaine".

L’Hebdo du PO du 17 août propose notamment un éclairage sur les enjeux de la guerre en Géorgie qui matérialise les divergences des intérêts pétroliers russes et occidentaux.
Oléocène souligne que ce qui se déroule en ce moment en Géorgie n’est pas "seulement" une bataille identitaire communautariste post-soviétique lointaine.
Il s’agit aussi d’une bataille de l’énergie qui concerne directement l’Europe et les citoyens européens, belges notamment.


Hebdo du PO du dimanche 17 août 2008
envoyé par mrlargo

Survolons rapidement quelques-uns des éléments qui témoignent du lien entre consommateurs belges de pétrole, guerre géorgienne et avenir énergétique.

Comme repris dans "L’Hebdo du PO", un pipeline d’importance majeure passe par la Géorgie (pipeline dit "BTC" pour Baku-Tbilisi-Ceyhan), soustrayant au contrôle Russe une partie significative de l’approvisionnement en brut de l’Europe et des US c’est-à-dire d’un levier de pouvoir important. En ces temps d’augmentation des prix du brut et du gaz, le contrôle de la production et du transport de ces hydrocarbures est en effet plus que jamais un enjeu stratégique crucial [1].
La Russie est donc dans une position particulière, puisqu’elle est le second producteur d’or noir au monde et bien qu’elle atteindra probablement son pic pétrolier très prochainement, si ce n’est déjà fait [2], elle aura donc la maîtrise d’un robinet auquel tous voudront venir s’abreuver...

L’Union Européenne se trouve du même coup dans une position qui n’est pas moins particulière, mais qui est l’inverse de celle de l’ex-URSS : elle est dépendante de la Russie pour son approvisionnement (Rappelons-nous la frayeur du début de l’année 2007 : "L’interruption de l’approvisionnement pétrolier de l’Union européenne suscite des inquiétudes", Commission Européenne, 9 janv 2007).

En terme de dépendance énergétique, la Belgique est plus vulnérable encore que la plupart des pays Européens (la Belgique importe 100% de son brut). Comme l’indique la Commission Européenne :

"La Belgique présente une forte dépendance par rapport aux importations d’énergie (supérieure à la moyenne de l’UE). La majorité des importations concerne le pétrole, principalement importé de la Fédération de Russie et des pays du Moyen-Orient."

Dans son Rapport pétrole 2003 (p. 10), le SPF Economie, PME, Classes moyennes et Energie - Direction générale de l’Energie, Division Pétrole détaillait plus précisément l’origine des importations pétrolières belges :

"Le fournisseur principal de pétrole brut en 2003 est l’ancienne Union soviétique avec 91 550 millions de barils (34, 55% du total de notre approvisionnement), dont 89 566 pour la seule Russie (33,8 % de notre approvisionnement)." [3]

Revenons au conflit géorgien. L’enchaînement exact des évènements des derniers jours doit encore être précisé. Contentons-nous donc d’observer que les mouvements massifs de troupes russes en direction du pipeline "BTC" [4] inquiètent l’Europe, l’OTAN... Et la Belgique ?

Outre la forte dépendance belge au pétrole russe, quelques-uns des autres termes de l’équation géorgienne vue de Bruxelles sont les suivants (nous laissons le soin au lecteur de les mettre en ordre) :
- la Russie est opposée à l’entrée de la Géorgie dans l’OTAN dont l’une des missions fut de
"garder les Américains à l’intérieur, les Russes à l’extérieur et les Allemands sous tutelle" durant la guerre froide,
- la Belgique est membre de l’OTAN et en abrite le siège,
- l’OTAN presse la Russie de retirer ses troupes de Géorgie,
- Le 20 août, la Russie a annoncé qu’elle gèle sa coopération militaire avec l’OTAN,
- l’Europe (quoi que d’une voix désunie) et les États-Unis (le pays le plus gros consommateur de pétrole au monde et chaque jour plus dépendant des importations de brut lointain) soutiennent la Géorgie face à la Russie,
- L’Abkhazie et l’Ossétie du Sud, régions séparatistes de Géorgie, envisagent de déclarer leur indépendance et de se rapprocher de la Russie, ce qui permettrait à l’ex-URSS de renforcer son influence locale et donc ses possibilités de contrôler les pipelines géorgiens,
- l’escalade militaire américaine que constitue son projet de bouclier anti-missile américain hérisse la Russie.

En notant ces éléments, nous ne jouons pas à essayer de nous faire peur en disant que nous assistons à un retour de la guerre froide, moins encore qu’Evere sera attaquée demain. Nous voulons plutôt souligner que les premiers effets du pic pétrolier se font déjà cruellement sentir, qu’ils se traduisent par des guerres comme il fallait malheureusement s’y attendre, et que les batailles de l’énergie à venir n’épargneront pas l’Europe, la touchant directement ou indirectement.

Sortir de la dépendance au pétrole est une nécessité socioéconomique et environnementale absolue, c’est aussi un devoir moral puisqu’une condition sine qua non pour éviter des guerres inédites pour le contrôle et l’accès à cette ressource dont nos économies "développées" sont hyper-dépendantes.

Il semble que pas un gouvernement ne soit en mesure de piloter ce sevrage qui, pour être mené à bien et dans les temps, aurait dû commencer il y a plusieurs années [5].
Outre les efforts d’atténuation qu’initieront peut-être les Etats lorsqu’ils auront le couteau sous la gorge, des initiatives individuelles et collectives existent déjà pour préparer l’ère de l’après-pétrole. Elles sont à chercher du côté de l’apprentissage de modes de vie dépétrolifiés (l’une de dimensions de la simplicité volontaire) et de projet comme les "villes en transition énergétique". Voyez l’exemple de Brixton (EN), une Transition town.

Notes

[1Notons que le contrôle de la consommation - ici la décroissance de la consommation - devrait être la dimension privilégiée par tous les Etats, mais cela reste pourtant hors du dogme économiste qui fait office de quasi-religion.

[3Le Rapport "Pétrole 2005 (format .pdf - p. 13) indique que la dépendance au pétrole Russe est passée à 41,02% des importations totales de la Belgique (43,1% pour l’ex-URSS). Toutefois, le tableau repris dans le rapport de l’année 2005 est le même que celui de 2003, que nous avons donc reproduit ci-dessus en mentionnant cette dernière date pour éviter de reproduire une éventuelle erreur.

[5Voir par exemple le Rapport Hirsch


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